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Doit-on appeler la Dordogne, un fleuve ou une rivière ?

Une question, deux choix, aucune certitude. La Dordogne est-elle un fleuve ou une rivière ? Les arguments pour et contre, de deux fins connaisseurs.

Est-ce que le Mont-Saint-Michel est Breton ou Normand ? Un même débat aussi intense que sans fin, se pose sur le territoire : faut-il considérer la Dordogne comme un fleuve ou une rivière ? Dans chaque camp, les arguments se défendent.

Pourquoi c’est une rivière ?

Jean-Marc Chirier, président de l’association La Dordogne de Villages en Barrages est formel. « C’est une rivière, selon moi. La raison est simple : la Dordogne se jette dans la Garonne et non directement dans l’océan. C’est donc la définition d’une rivière et non d’un fleuve.

Mais surtout, « si on nomme la Dordogne “la Rivière Espérance”, ce n’est pas pour rien. »randonnées dordogne

Pourquoi c’est un fleuve ?

Aucun doute pour Pierre Fabre, auteur de nombreux articles sur la Dordogne. « La Dordogne et la Garonne concourent à la naissance de la Gironde qui est un estuaire commun. Si on considère la Dordogne comme une rivière, alors il faut faire de même pour la Garonne.

Surtout, la Dordogne a joui de la remontée marine de ce que l’on appelle le mascaret, un phénomène rarissime sur la planète mais qui a touché la Dordogne.

Donc sur ses 50 derniers kilomètres, il y a bien eu un refoulement d’eau maritime, ce qui en fait un fleuve. Mais il est vrai que nous sommes peu nombreux à affirmer ce fait. »

La Dordogne est un fleuve français qui prend naissance sur les flancs du puy de Sancy (1 885 m), dans la chaîne des monts Dore, par la réunion de deux torrents, la Dore et la Dogne. Après avoir parcouru six départements au travers du Massif central et du Bassin aquitain, elle conflue avec la Garonne pour former l’estuaire de la Gironde, qui débouche sur l’océan Atlantique.

La vallée de la Dordogne est classée pays d’art et d’histoire dans sa partie lotoise. Le 11 juillet 2012, l’ensemble de son bassin versant est classé en tant que réserve de biosphère par l’UNESCO.

La Dordogne conflue avec la Garonne, ce qui forme l’estuaire de la Gironde. Pour cette raison, elle est qualifiée de rivière dans les dictionnaires et encyclopédies ainsi que par le Sandre. Toutefois, quelques organismes régionaux5 la qualifient de fleuve, considérant que la Gironde est un estuaire commun à la Garonne et à la Dordogne, ce qui ferait de la Dordogne le cinquième plus long fleuve de la France métropolitaine.

Un argument notable qui fait de la Dordogne un fleuve est la présence d’un mascaret puissant résultant de la pénétration du domaine maritime dans le cours d’eau lors des hautes marées. Le mascaret de la Dordogne est très connu et constitue une attraction. Pour la Dordogne, la vague remonte jusqu’à Fronsac aux abords de Libourne, soit à une trentaine de kilomètres à l’intérieur. La vague est particulièrement puissante au port de Saint-Pardon sur la commune de Vayres. L’influence maritime sur la Dordogne ne se limite pas au seul mascaret : le niveau du cours d’eau est soumis à l’action des marées jusqu’à Castillon-la-Bataille, allant même jusqu’à Pessac-sur-Dordogne lors des marées de vives-eaux7. Ces flux et reflux quotidiens peuvent être aisément visualisés sur le relevé des hauteurs d’eau mesurées à la station hydrologique de Libourne.

La Dordogne aurait fort bien pu être classée affluent du Chavanon, près de la commune corrézienne de Confolent-Port-Dieu, qui se situe au début de la retenue d’eau du barrage de Bort-les-Orgues. Le Chavanon — parfois dénommé Chavanou, aussi appelé Ramade dans son cours supérieur — rejoint la Dordogne après un cours de 54 km. À cette confluence, la Dordogne n’en a seulement parcouru que 39, soit une quinzaine de moins mais, a contrario, elle déverse un volume d’eau supérieur.